Time Triathlon Longue distance de L'Alpe D'Huez

Jeudi 2 aout :

6 :00 Je me réveille à l’Alpe d’Huez. J’y suis depuis hier matin en ayant enchainé les courses pour mes filles, la photo de rencontre pour "Elles font du Vélo" et l’interview. J’ai l’impression d’être dans un rêve. Je me lève car aujourd’hui, je prends le départ de mon 10ème triathlon longue distance (Half Ironman). Mais celui-là a un gout particulier car c’est le plus difficile de France. Je suis motivée et remontée à bloc pour relever le défi.


7:30 Je pose mes chaussures au parc à vélo. Il fait chaud déjà de bon matin. Je me visualise poser mon Vélo, mettre mes baskets et partir courir les 21 km de trail qu’il me restera à parcourir.

Je croise Éric Boyer de chez Time, il m’encourage pour la journée.

8h00 Avec ma mère et mes filles nous descendons au barrage du Verney. Il y a beaucoup de voitures et de vélos sur cette descente, j’ai peur d’arriver trop tard au parc à vélo. Il faut dire que nous sommes nombreux sur l’épreuve, 1100 participants.

8h40 J’arrive au parc à vélo. Je retrouve Cyrielle de la société "Mouss" production que j’ai rencontré la veille.
Il y a quelques temps, j’ai été contacté par cette société en charge d’un reportage sur Canal+ sport. Ils étaient en recherche d’un profil fille afin de développer le triathlon féminin. Après un entretien téléphonique, le projet m’a plu. La veille, j'ai donc été suivie une bonne partie de la journée et interviewée sur mes motivations dans ce sport.
Cyrielle me pose quelques questions sur mon ressenti du matin. Elle me présente Denis qui sera mon cameraman toute la journée.
J’installe mes affaires à côté de mon vélo et me fait étaler de la crème Nok par ma fille. Les petites mains passent bien.

Natation:
Je rejoins le départ, écoute le briefing des arbitres et me glisse dans l’eau froide. Il faut dire que cette année elle est à 18,2°, soit un record jamais vu sur les 13 éditions de ce triathlon. J’ai entendu au briefing de courses de la veille (d’ailleurs hyper bien fait) qu’il fallait vite glisser dans l’eau car le passage était étroit. Je me retrouve donc sur la ligne de départ à patienter cinq minutes. Je me place sur la gauche au plus proche du bruit. Comme à mon habitude je vais nager à l’intérieur des bouées pour éviter la foule.
9h30 le départ nous est donné et c'est parti pour 2,2 km de natation dans cette magnifique eau turquoise.
La natation est composée de 2 boucles. Le passage de la première bouée, au virage, tape un peu. Je n’ai pas trop nagé ces derniers temps, suite à une douleur à l’épaule gauche. Je fais donc au mieux pour m’économiser et sauver ma natation. Je me sens bien, j’ai beaucoup de plaisir dans l’eau. Je repense aux conseils de Fred afin de m’économiser au maximum. Je sors de l’eau en 51 minutes. Mon pire temps sur la distance. Mais bon ce n’est pas grave. Je suis venue me faire plaisir. Et vu ce qui nous attend, la natation a peu d’importance aujourd’hui.

 



Transition 1:

Je sors de l’eau, je cours, enlève mon bonnet, mes lunettes et commence à défaire ma combinaison. Beaucoup de personnes marchent, je me demande pourquoi ?  C'est la queue au ravito avec de l’eau !!! Je ne m’arrête pas.... je continue ma route. J’arrive devant mon vélo, aperçois Denis et galère comme d’habitude pour finir d’enlever ma combinaison. Je mets mes lunettes, mon casque, mes chaussures, ma ceinture porte dossard, mon haut de maillot, attrape mon vélo et part.


Vélo:

C’est parti pour 120 km de vélo.  Le parcours commence directement dans une petite montée. Pour rejoindre le barrage. Je connais cette route pour avoir fait la Vaujany du circuit grand trophée.Notre début de parcours sera le même que la mediofondo . Le début est roulant jusqu’au 25e km, au pied de la première difficulté. Ça roule fort en Peloton, ça Draft. Il faut dire que mettre 1100 participants avec 15m d’écart réglementaire, c’est mission impossible. Donc on triche. Je prends une roue dès que cela est possible. Le but du jeu est de s’économiser. J’arrive au pied de l’alpe du Grand Serre avec une moyenne de 41 km/h. Autant dire que cela a roulé vite sans trop de fatigue. Denis est là par moment sur une moto. Il va me suivre toute la course.

Premier col : l’Alpe du Grand Serre 15km à 6.7%. Une partie bien ombragée. Je me gère et discute avec un gars de Montpellier. Nous nous demandons d’où nous venons, parlons de nos objectifs de saison et ce que l’on aime dans le triathlon… La montée passe toute seule du coup. Arrivée au ravito en haut, je réponds aux questions de Denis. Et je repars.

Deuxième col : col de Malissol 3km à 8.6%. Petit col mais qui sait faire un peu mal. La chaleur se fait sentir. Je m’arrose la tête souvent. Il faut que je garde ma température corporelle au plus bas, il y a un semi-marathon à courir après !

Troisième col : Le col d’Ornon, 13km à 4%. Sur le papier, il a l’air facile. Mais imaginez ce col dans une vallée entre deux grosses montagnes avec aucun arbre qui puisse vous faire de l’ombre. Le tout servi sur un faux plat montant à 3% pendant 10km histoire de te rappeler que t’as une puissance de cacahuète. Autant dire qu’en haut du col la cacahuète était grillée ! Il me semble donc avoir bien subi dans ce col. Malgré cela, Denis me dit que j’ai remonté pas mal de monde en vélo. Je lui explique que je me sens bien et que j’ai fait pas mal de cyclo de montagne cette saison. C’est vrai que ce parcours est top par rapport à ma prépa.

Quatrième col : La mythique montée de l’Alpe d’Huez. 14km à 8.1%. 21 virages que j’ai hâte de découvrir. J’ai déjà plus de 100km au compteur. Je sens une douleur dans la cuisse gauche. Un début de crampe sur l’adducteur. Non non… les premiers km sont super raides en plus. Je ne me vois pas passer les 14km avec des crampes, ni abandonner. Je me parle pour me détendre. Je respire profondément. Je gère cette douleur. Je vois plus loin des gars qui s’arrêtent pleurant de douleur au bord de la route. Je compatis, la chaleur aura séché tout le monde. Denis court à côté de moi en me filmant. Ça me mine le moral de savoir qu’il va plus vite que moi à pieds. Il me pose des questions, j’essaie d’y répondre tout en restant concentrée. J’ai pour habitude d’encourager les coureurs que je double, là j’avoue que j’ai presque même du mal à m’encourager. C’est bien la seule fois que j’ai eu la bouche fermée dans un col.

Je décompte les virages. Les premiers sont long à venir. Il fait chaud. Je bois souvent mais mon eau est chaude, ce n’est pas agréable en bouche. Je me serais arrêtée au deux ravitos dans la montée, histoire de boire un peu frais.

A un moment donné, Denis me rattrape et me souligne que je suis vraiment dans le dur là. Je lui réponds que oui, que c’est ce que je suis venue chercher :  je suis venue encore une fois sur une grosse épreuve pour aller à la rencontre de moi-même. Trouver de nouvelles ressources. Je sais qu’il faut repousser ses limites pour les trouver ces ressources. Et là, j’y suis. Je monte au mental. Je me conditionne. Je me félicite du chemin que j’ai parcouru ces dernières années et cette saison. Des progrès en vélo que j’ai fait grâce à Jean-lou Paiani mon entraineur de vélo.

J’arrive au village de l’Alpe d’Huez. Une toute petite descente me fait profiter de tourner les jambes histoire de drainer un peu les toxines. J’ouvre mes chaussures et sort mes pieds par-dessus, ce qui m'evite de courir avec les chaussures de vélo et ces cales qui te tordent les chevilles.  

Transition 2 :

Je retrouve Denis à la ligne d’arrivée du vélo. Je descends du vélo et trottine au parc à vélo. Je pose mon vélo. Je m’assoie par terre pour mettre mes baskets. Les jambes sont raides. Je mange une compote en mettant mes chaussettes et mes baskets. Denis me demande si je me rappelle le départ natation de ce matin. Je lui dis que oui. Il me répond : Il est tellement loin !

Sa réponse me met un coup au moral. Je me refuse toujours de penser que je viens de nager 2,2km de natation, 120km de vélo avec 3200m de d+… Comment veux-tu que je parte pour 21km de trail là ?

Il me demande pourquoi je me fais aussi mal. Je lui réponds pour le défi, je lui avoue que j’ai monté l’Alpe d’Huez au mental. Il n’y a que la chaleur qui me fait souffrir aujourd’hui, l’épreuve est magnifique.

Ces questions me piquent. Il ne le sait pas mais il a touché mon ego plusieurs fois, il m’a remonté à bloc. Je n’abandonnerai JAMAIS !

Course à pied : 21km de trail décomposés en 3 boucles. Denis par courir avec moi. Il m’exaspère. Il trouve où cette énergie ? Je saurais à l’arrivée qu’il est le cameraman tout terrain. Il s’occupe de tourner à l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc).

Il me demande souvent comment je vais. Je lui réponds que j’attends que mon corps se mette en route. J’y crois mais ça ne viendra pas, la chaleur aura eu raison de moi sur cette épreuve. Je subis la course à pied. Souffre dans les descentes où mes quadriceps sont hyper douloureux. Le parcours nous emmène au-dessus de l’altiport au col de Sarenne. Courir en altitude n’est pas évident non plus. Je n’ose plus regarder ma montre pour voir ma vitesse, je sais que je suis en train de décevoir mon entraineur de triathlon (Fréderic Descarrega) mais j’ai donné ce que j’ai pu là.

Denis aura couru presque la première boucle avec moi. Il m’a laissé pour les deux autres. Je l’ai recroisé au parc à vélo où on attrapait les chouchous de boucles. J’ai croisé ma petite maman et mes filles à la fin de la première boucle, ça fait du bien au cœur.

Dernière boucle : Je remercie les bénévoles aux ravitos. Ça m’aide à me dire que c’est la fin, que je ne reviens plus là. Sur cette dernière boucle mon corps refuse de courir en montée. La tête est là mais le corps ne peut plus. Je pense à tout ce qui peut me raccrocher à tenir et m’emmener à cette ligne d’arrivée. J’arrive à remettre en route dans la descente, je me dis que c’est la fin. Mon corps est anesthésié par l’euphorie de l’arrivée. Je retrouve Denis au stade. Il court avec moi. J’ai envie de pleurer, ça me coupe la respiration. J’arrive sur le tapis bleu. Je vois mes filles derrière l’arche. Je donne tout c’est la fin ! Je passe la ligne d’arrivée en 9h56 ! Me voilà Finisher du long et difficile Time triathlon de l’Alpe D’huez.

 

Je prends mes filles dans les bras, mon souffle a du mal à revenir, j’ai dû rester 5min comme ça faisant une crise d’asthme. Mais qu’est que ça fait du bien de sentir mes poulettes. Si elles savaient à quel point elles sont un moteur pour moi.

On me remet une médaille et un polo de finisher. Je termine 529ème sur 1100 participants. Ce qui du coup n’est pas si mal moi qui n’était pas contente de ma prestation…

Je remercie Denis. J’ai vraiment vécu cette course avec lui. Elle est à toi aussi cette médaille Denis !

Je tiens sincèrement à remercier toute l’équipe de chez Time qui m’a invité sur cette épreuve. Cette épreuve est magique. La difficulté te met une claque d’humilité te rappelant que le niveau et la prépa reste hyper importante ici.

J’ai hâte de voir le reportage sur canal+ sport qui me motivera pour revenir l’année prochaine ;)

 

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